Georges BRAQUE et Varengeville.

« Enfant au Havre, je contemplais longuement au large sur la mer. L’infini m’a pénétré ».

Biographie

1882
Né le 13 mai 1882 à Argenteuil-sur-seine.

1890
La famille s’établit au Havre, il y suit les cours du soir de Courchet à l’Ecole des Beaux-Arts du Havre.

1902-1904
A son retour du service militaire, il se consacre entièrement à la peinture, il travaille seul d’après nature. Sa rencontre avec Cézanne le trouble. Il peint ses premiers tableaux fauves.

1906
Première exposition à Paris au salon des Indépendants.

1907
En mars, au salon des indépendants, il expose six paysages rapportés de l’Estaque, tous seront vendus.
Influencé par Cézanne, il invente le cubisme. Sa première œuvre cubiste sera « Le Grand Nu ».
A l’initiative du poète Guillaume Apollinaire, qui l’appelait « le peintre Angélique » Braque rencontre Picasso.

1911
Il travaille avec Picasso, les deux hommes sont intimement liés par une fraternité d’atelier aux premières heures exaltées, héroïques du cubisme dont ils furent les découvreurs avec F.Léger et J.Gris. Premiers papiers collés. Au bois et au marbre s’ajoute le sable.


1914
La guerre éclate, il est mobilisé et sera gravement blessé en 1916.

1920
Première sculpture « Une femme debout ».


1925

Braque s’installe dans la maison que vient de lui construire l’architecte Auguste Perret (Architecte controversé et récompensé par la ville du Havre qui a classé son œuvre au Patrimoine Mondial de l’UNESCO).


1929

Braque se fait aménager une maison et un atelier à Varengeville-sur-mer

1936-1938
A partir  de cette période Braque passe ses étés à Varengeville sur mer


 Nov-déc exposition au palais des Beaux-Arts de Bruxelles

1939
Il se consacre à la sculpture, examine les matières et les formes naturelles d’objets ramassés sur la plage. Miro et Calder viennent le rejoindre à Varengeville.

1940
Exposition rétrospective à Chicago, Washington et San Francisco.

1954
Braque commence les séries des Oiseaux et des Paysages Normands, qu’il poursuivra jusqu'en 1963. Il réalise les vitraux pour l’église de Varengeville .

1959
Atteint d’une maladie chronique, il doit ralentir son rythme de travail. Il illustre les livres de ses amis poètes ( Pierre Reverdy, Saint John-Perse et René Char).
« Braque est celui qui nous aura mit les mains au dessus des yeux pour nous apprendre à mieux regarder et nous permettre de voir plus loin, passée la ligne des faits d’Histoire et des tombeaux ».

1963
Braque meurt à Paris le 31 août. Des funérailles nationales seront organisées. André Malraux, prononce l’éloge funèbre devant la colonnade du Louvre.(texte ci-dessous). Il repose en compagnie de sa femme, venue le rejoindre deux ans plus tard, dans le petit cimetière marin de Varengeville qui surplombe la mer.

 

 

A la mémoire de Georges Braque
Hommage du gouvernement par Monsieur André Malraux,
ministre d’Etat, Chargé des affaire culturelles. Colonnade du Louvre , l
Le 3 septembre 1963.

 

« Avant que Georges Braque repose dans le petit cimetière normand qu’il a choisi, j’apporte ici l’hommage solennel de la France.

Vous avez reconnu, Madame, la musique que vous venez d’entendre, avant ces cloches qui sonnaient jadis pour les rois : c’est la marche Funèbre pour la mort d’un  héros. Jamais un pays moderne n’a rendu à un de ses peintres morts un hommage de cette nature. L’histoire de la peinture qui trouve dans l’œuvre de Braque un accomplissement magistral a été une longue histoire de dédains, de misère et de désespoir. Et jusque par sa mort, Braque semble assurer la revanche des pauvres obsèques de Modigliani, du sinistre enterrement de Van Gogh ?…Et puisque tous les Français savent qu’il y a une part de l’honneur de la France qui s’appelle Braque parce que l’honneur d’un pays est fait aussi de ce qu’il donne au monde.

Ses tableaux se trouvaient dans tous les grands musées, et plus de cent mille Japonais, à Tokyo, s’étaient rendus à son exposition comme à un pèlerinage. Dans son atelier qui n’avait connu d’autre passion que la peinture, la gloire était entrée mais s’était assise à l’écart, sans déranger une couleur, une ligne, ni même un meuble. Silencieuse et immobile comme les oiseaux blancs qui depuis sa vieillesse avaient disparu sur ses toiles. Il était devenu l’un des plus grands peintres du siècle.

Mais notre admiration ne tient pas seulement à ce génie pacifié que connaissent tant de maîtres à l’approche de la nuit. Elle tient aussi  au lien de ce génie avec la révolution picturale la plus importante du siècle, au rôle décisif joué par Braque dans la destruction de l’imitation des objets et des spectacles. Et sans doute le caractère le plus pénétrant de son art est-il de joindre, à une liberté éclatante et proclamée, une domination des moyens de cette liberté, sans égale dans la peinture contemporaine.

De plus, en nous révélant, avec puissance contagieuse, la liberté de la peinture, Braque et ses amis de 1910 nous révélaient aussi tout l’art du passé rebelle à l’illusion depuis notre peinture romane jusqu’au fond des siècles : patiemment ou rageusement penchés sur leurs tableaux insultés. Ces peintres ressuscitaient pour tout le passé du monde…

Enfin, ces tableaux exprimaient le France à l’égal de ceux de Corot- mais plus mystérieusement, car Corot, lui, l’avait beaucoup représentée. Braque l’exprimait avec une force de symbole si grande qu’il est aussi légitime chez lui au Louvre, que l’ange de Reims dans sa cathédrale.
Samedi, nous avons retrouvé une tristesse très lointaine mais bien connue ; celle qui nous avait saisis naguère quand nous avions entendu : « Debussy est mort ».

Demain matin, Madame, que l’on dise aux marins et aux cultivateurs de Varengeville, qui aimaient Georges Braque, évidemment sans comprendre son art : « hier, quand il était devant le palais des rois et le premier musée du monde, il y avait dans la nuit pluvieuse une voix indistincte qui disait merci ; et une main très simple, une main usée de paysanne, qui était la main de la France, et qui se levait une dernière fois dans la nuit pour caresser doucement ses cheveux blancs ».

                                   André Malraux.


contact Réalisation PhP Consultant : 06 60 78 08 37 - php-consultant@wanadoo.fr - © Mairie de Varengeville sur Mer Mentions légales